1202 - 2002 : 800 ans d'histoireAbbaye maritime de BeauportPaimpol - Côtes d'Armor
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beauport bellus portus : une abbaye maritime

Comment associer la restauration d'un monument historique et la protection de la faune ?

Depuis 1993, le Conservatoire du littoral, nouveau propriétaire, protège définitivement le site historique et naturel et l'ouvre au public.

L'Association pour la Gestion et la Restauration de l'Abbaye de Beauport (A.G.R.A.B.), entreprend la restauration de l'Abbaye tout en réfléchissant à l'indispensable protection des espèces.

Un site exceptionnel, objet de toutes les attentions...

Le rapport de force entre les aménagements humains et les données écologiques locales intéresse nombre d'archéologues, de géomorphologues et de naturalistes qui tentent de reconstituer l'histoire de l'environnement de Beauport de 1202 à nos jours.
Un inventaire botanique et un suivi ornithologique sont assurés depuis quelques années déjà.Cela a notamment abouti, en juin 1998, à une carte de répartition de l'avifaune de chaque espèce sur le site.

Toutes ces études, quelle que soit leur approche, aboutissent au même constat : le site de l'Abbaye de Beauport présente une diversité exceptionnelle de paysages, de biotopes (forêt mixte, vergers, prairies, cordon littoral, roselière, prés salés, côte rocheuse, vasière...) et d'espèces (pic noir, rousserolle effarvatte, mouette mélanocéphale...).Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'il fait partie du site pilote NATURA 2000 des côtes du Trégor-Goëlo.


L'art de trouver des compensations
...

La problématique posée dès 1993 était alors : comment restaurer le Monument Historique avec toutes les contraintes techniques, esthétiques et financières que cela comporte sans porter atteinte à la biodiversité qu'il accueille ?

Avant les travaux, il convenait tout d'abord de faire l'inventaire de tous les espaces favorables aux espèces tels que fissures, fentes, trous de boulin (anciens trous d'échafaudage), niches et charpente...

La pose d'un nichoir.


Le premier chantier concerné par cette approche (mars 1998) était celui de la restauration du mur d'enceinte du verger (XVIIIe siècle) de 100 m de long et de 2 m 20 de haut. Ce travail a été assuré par une équipe de détenus en réinsertion, dans le cadre d'un partenariat du Conservatoire du littoral avec l'administration pénitentiaire de Saint-Brieuc.Après démontage, on remonte le mur selon des méthodes traditionnelles. Les fissures exploitées jusqu'alors par la faune et la flore disparaissent.
En compensation des fentes, des niches sont reconstituées dans le mortier sur une hauteur de 20 cm à partir du sol pour l'accueil des batraciens, reptiles, micro-mammifères, mollusques et insectes. Il suffit par exemple, lorsque l'on monte les fondations du mur de retirer un caillou central, de passer un tuyau d'arrosage jusqu'à la cavité ainsi créée et de retirer le tuyau une fois le mur monté: ce gîte pourra être occupé par des orvets pour hiverner...
Les deux gardes du littoral (Dominique Beauvais et Manuel Lomont) ont aussi conçu des " gabarits " de nichoirs en P.V.C. pour cavernicoles sur les dimensions convenant aux espèces recherchées. Ces nichoirs sont installés lors du montage d'un mur ou d'un muret. Il suffit de poser le gabarit sur le mur, de maçonner autour, puis de l'enlever et de poser une pierre plate au sommet du nichoir et de continuer à maçonner.

Ces patrons de nichoirs présentent plusieurs intérêts :

ils sont faciles à poser par les ouvriers,
on les réutilise autant de fois que l'on veut (prévoir des entrées de différentes tailles pour mésanges bleues, charbonnières ...),
le trou d'entrée est très discret et ne pose donc pas de problème esthétique pour un Monument Historique,
ils offrent une alternative entre mur en pierre sèche et mur entièrement jointoyé,
ils présentent un intérêt pédagogique évident.

Gabarit de nichoir pour cavernicoles constitué de deux tubes de PVC :

espèce
diamètre d'entrée
mésange bleue et mésange nonnette
27 mm
mésange charbonnière, rouge queue à front blanc
32mm
moineau, étourneau, sittelle torchepot
40mm


Enfin, nous avons également intégré des nichoirs à chauve-souris dont l'installation ressemble beaucoup à celle des nichoirs à oiseaux, cependant, dans ce cas précis, le nichoir en bois reste en place dans le mur.
Il faut savoir, par exemple, qu'une pipistrelle peut passer dans un trou de 2 centimètres de large sur 7 millimètres de hauteur alors que pour un grand rhinolophe, il faudra une ouverture de soixante centimètres de largeur et dix de hauteur. Malheureusement, pour des raisons techniques et esthétiques, il n'a été possible de faire que des nichoirs pour les petites espèces de chiroptères.
L'évaluation de ces opérations se fera facilement par observation du pourcentage de nichoirs occupés.

Le vitrail aménagé dans la Salle au Duc.

Mais les travaux engagés sur la restauration de l'Abbaye de Beauport sont considérables et cette démarche - expérimentale dans un premier temps - doit s'adapter à des chantiers d'ampleur bien supérieure.

Ainsi, d'octobre 1998 à décembre 1999, le Bâtiment au Duc est l'objet d'un vaste chantier de restauration : il s'agit d'un travail de sauvetage considérable qui s'étend des fissures dans les murs (plus de 15 mètres de haut) à la toiture (environ 250 m2) et aux charpentes, en intégrant les ouvertures. Ce bâtiment est actuellement restauré avec les mêmes attentions.




On peut aussi aller plus loin et innover. Beauport a donné naissance parmi tous ses aménagements à une action originale: un projet de reconstitution de vitraux et de portes dans une grande salle risquait d'interdire définitivement le passage aux hirondelles de cheminée et aux chiroptères.

Après rencontre et discussion avec le chef d'entreprise chargé des vitraux, il a été convenu d'associer leur restauration (qui demande un très grand respect des contraintes techniques et esthétiques) à l'accès libre des hirondelles.
L'entreprise a, pour la première fois de son existence, réalisé un vitrail à charnières que l'on peut ouvrir ou fermer en fonction des besoins.



Il s'agit donc d'un véritable travail sur l'évolution de la culture de la restauration du patrimoine historique qui doit faire appel à la capacité d'écoute de tous les acteurs présents sur les chantiers, à la réunion de tous les savoir-faire et la mise en valeur des efforts effectués.

L'intérêt de ces aménagements réside dans la simplicité de leur réalisation et leur facilité d'intégration dans tous types de construction.

A plus grande échelle, cela contribue à éviter la raréfaction de certaines espèces.


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