A l'heure actuelle, trois corps de bâtiments
comportent des appartements encore non accessibles au
public pour des raisons de sécurité, mais
dont la visite à terme est envisagée. La
"Maison des Hôtes" en particulier présente
un grand intérêt, car c'est elle qui a abrité
au XIXème siècle le logement de la famille
alors propriétaire du monument. En effet, l'Abbaye
fut acquise pour partie, après la Révolution,
par la famille Morand. Négociant et armateur, Louis
Morand résidait à Paimpol, mais sa fille
Mélanie s'installa dans la maison des Hôtes
après son mariage en 1843 avec le comte polonais
Napoléon Poninski. Ces appartements, restructurés
par le couple vers 1850-55, furent occupés depuis
sans discontinuité par leurs héritiers,
les familles Bonnaterre et Gomond, jusqu'en 1997 où
cessa leur droit d’usage.
Ces appartements - d’une quinzaine
de pièces sur deux étages (soit un total de
330 m2 environ) - ont conservé des traces caractéristiques
de cet usage familial et de nombreuses archives, notamment
photographiques, épistolaires et décoratives,
sont restées en place.
Le projet culturel envisagé consiste
à évoquer l'histoire quotidienne de l'Abbaye
dans ces appartements, qui furent le foyer de vie tant abbatiale
que laïque :
- sur un étage, par une muséographie ayant
trait à la période monastique (XIII-XVIIIèmes
siècles), présentant pièces d’archives,
dépots de fouilles récentes (vaisselle, carreaux
de pavements, statuaire...) ;
- sur l’autre étage, par une restitution des
intérieurs bourgeois (XIX-XXème siècles),
avec une recherche d’ambiance mettant en scène
les objets quotidiens trouvés sur place (décors,
papiers peints, textiles, costumes, courriers, plaques de
verre et iconographie d’époque…).

Afin de préparer un tel projet,
l’inventaire du contenu des appartements est actuellement
en cours d’achèvement. Le stockage des archives
ainsi sauvegardées est parallèlement réalisé
dans des conditions conformes aux normes de conservation
en vigueur. Celui des pièces textiles et mobilières
doit être poursuivi en intégrant certaines
restaurations. Enfin, une expertise spécifique des
papiers-peints a été menée.

Suite à un mois d’enquête,
dépose et expertise – conjointement menées
par Véronique de la Hougue, conservatrice au Musée
des Arts Décoratifs de Paris, Joël Marie, restaurateur,
et Claudine Minier, architecte – cette étude
financée par le Conservatoire du littoral révèle
de nombreux éléments d’information sur
l’aménagement de ces appartements.
Des stocks importants de rouleaux non utilisés
ont été retrouvés lors de l’inventaire
organisé par l’AGRAB : sur cet ensemble présentant
des séries allant de 1850 à 1940 environ,
25 papiers-peints ont été redécouverts
in-situ (certaines pièces pouvant avoir conservé
jusqu’à trois strates de décors successifs,
avec leurs frises et plinthes respectives) ; 42 papiers-peints
restent inconnus dans leur usage, pouvant également
avoir servi à la décoration des appartements
de l’aile est, voire des annexes abbatiales (fermes,
moulin…).

Deux grandes phases décoratives
apparaissent :
- Seconde moitié du XIXème siècle :
après une courte période de location à
la commune de Kérity par Louis Morand fils (entre
1834 et 1838), un réaménagement total fut
entrepris par sa sœur et son beau-frère, Mélanie
et Napoléon Poninski, peu après leur mariage
en 1843. De cette période daterait la pose d’une
grande partie des cloisons bois (vers 1845) et une première
campagne de décoration homogène (entre 1850
et 1855 au plus tard). Cette datation est avérée
par les supports de journaux ayant servi au contre-collage,
mais aussi par la stylistique des papiers très typée
(architecture néo-gothique, cartouches paysagers,
frises chargées quasiment « baroquisantes »,
motifs de toile de Jouy…).
- Premier tiers du XXème siècle : la seconde
campagne décorative date des années 1929 à
1933 environ et correspond, avec une décennie de
retard, à l’installation permanente de la famille
Gomond, petits-neveux et héritiers de Mélanie
Poninska décédée en 1890.
Ces nouveaux éléments vont
permettre d’affiner la réflexion sur les usages
muséographiques futurs des appartements, mais aussi
d’intégrer la conservation des cloisons au
prochain chantier de réfection de la couverture dont
le démarrage est programmé en 2008.
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