Depuis le haut Moyen-Age, le contrôle des sens est au coeur
de toutes les règles monastiques : la bonne chair illustre
par excellence le combat du moine tempérant, “athlète
de Dieu”, contre les tentations du diable, “prince de
ce monde”.
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A travers l’exemple de la communauté
des chanoines prémontrés de Beauport, soumis à
l’austère règle de saint Augustin, on peut découvrir
les évolutions de la table monastique pendant six siècles.
Strictement végétalien au XIII° siècle, son
ordinaire va progressivement s’enrichir, confronté à
l’évolution des moeurs, à l’établissement
de la “pitance” et à l’introduction de nouveaux
aliments issus de la découverte d’autres continents.
Ainsi au XVIII° siècle le régime
de Beauport intègre-t-il tous les éléments du
luxe contemporain – thé, café, liqueurs, vins
fins, fruits rares - témoignant d’un art de vivre seigneurial,
plus en accord avec le siècle qu’avec la règle.
Dérive spirituelle ou adoption d’un
idéal plus réaliste, cette évolution générale
montre combien les monastères, de grands producteurs féodaux
qu’ils étaient, deviennent peu à peu de simples
consommateurs aisés, soumis comme les autres aux modes alimentaires
et aux fournisseurs extérieurs. A l’image d’un
monde qui change, la table de Beauport a oublié les contraintes
de la règle et de l’autarcie domaniale, pour se vouer
au savoir-vivre d’une ère qui s’achève.
Mais que d’enseignements dans ce parcours
de six siècles entre viviers et celliers, entre granges à
dimes et cuisines : symbolique des mets, aliments oubliés,
modes de cuisson, coutumes de table, usages médicinaux, interdictions
alimentaires… tout un univers complexe se révèle
à nous dans sa richesse!